Archives de Tag: cellule de crise

Attentats de Paris : ma mission au cœur de la cellule de crise de l’EPRUS

1Q2A0487

Il est 21h, je suis dans le train de retour à Bordeaux, après quelques jours de détente à l’Ile de Ré, quand Gauthier Rakotonirina, cadre à la Réserve Sanitaire, m’appelle afin de me mobiliser pour une mission urgente, un renfort de l’équipe EPRUS elle-même.

La première des choses à laquelle je pense est « mais que fait Gauthier à cette heure-ci au bureau ? » Même si on s’en doute un peu aujourd’hui… Etant donné les événements parisiens, j’avais mon téléphone près de moi.

Sa parole est rythmée, rapide, le ton est précis, les consignes sont claires.

C’est là qu’il faut réfléchir vite et efficacement. « Think hard » comme disent les américains. En 10 secondes, je me demande : « suis-je disponible dans le temps imparti (en prévoyant toujours un jour ou deux de plus) ? A quelle heure est le prochain train pour Paris ? De quelles affaires aurai-je besoin aux vues des consignes données ? Où sont mon passeport et mon mug isotherme pour le café ? La nuit va être courte » …

Les réflexes acquis pendant l’exercice terrain sont encore frais. Et puis j’avoue, je connais déjà presque par cœur les horaires des trains du matin et surtout le temps complet nécessaire pour aller de la porte de mon appartement aux locaux de l’EPRUS.

La réponse ne se fait pas attendre : « Ok, c’est bon, je serai là à 9h30 demain matin ».

30 secondes après, Gauthier avait noté ma présence dans l’organisation et était déjà occupé à continuer de mobiliser le reste des réservistes et des moyens.

5 minutes après, mon billet était réservé (les appli, comme c’est pratique !) et la liste des choses à ne pas oublier était faite. C’est rapide car depuis longtemps, je me suis fait une liste « type » des affaires nécessaires aux missions. Il ne me reste qu’à annuler ce dont je n’aurai pas besoin (la prophylaxie paludisme par exemple).

A mon arrivée, une mission urgente à l’étranger est en cours d’annulation. Les directives ministérielles ont changé. L’ambiance dans les locaux est tendue, la suractivité est palpable. Nous ne sommes que quelques jours après les attentats de Paris, le monde est en ébullition.

Nous n’avons même pas le temps de penser à préparer le retour, une nouvelle mission tombe : il faut, urgemment, renforcer la Cellule Interministérielle d’Aide aux Victimes (CIAV), l’opération monte en puissance, il faut ouvrir à nouveau la cellule de crise de l’EPRUS. Il va falloir, en quelques heures, appeler, organiser, planifier, les centaines de réservistes qui ont répondu à l’alerte.

Il faut préparer la salle. Réunion éclair : Combien d’ordinateurs ? Combien de téléphones ? Installer une connexion internet, qui fera quoi ? …

La cellule de crise doit centraliser les différentes informations, répondre aux consignes du Ministère chargé des affaires étrangères (MAE), responsable de la CIAV, s’occuper de la logistique et définir la stratégie de communication. Un nombre restreint de personnes, de différentes compétences, va travailler ensemble, dans une même pièce, pour une efficacité renforcée. Chaque poste est notifié, chaque personnel est consigné à un poste. Il faut rendre compte en direct de l’avancée du travail, faire des points de situation toutes les deux à quatre heures, réévaluer la direction générale des opérations selon l’avancée du travail et des consignes. Installés dans les locaux de l’EPRUS, nous sommes en lien vidéo direct avec la CIAV.

J’ai appelé des dizaines et des dizaines de réservistes, beaucoup ont été très réactifs, je n’aurai la chance de voir les visages que de quelques uns. Le peu que j’ai croisés avaient la mine bien fatiguée certes, mais ravis d’avoir participé à cet élan de solidarité.Cellule urgence EPRUS Beatrice

 

Pour ma part, je suis ravie d’avoir aidé l’EPRUS, j’ai découvert une partie de « l’envers du décor », tout ce qui se passe à l’EPRUS quand une mission est lancée. Un travail complexe, passionnant et très prenant, que je suis prête à reprendre dès que ce sera nécessaire !

Merci à tous.

 

Béatrice

Infirmière réserviste

Après les attentats, nous sommes mobilisés pour venir en aide aux proches des victimes

Equipe de la plateforme téléphonique

Equipe de la plateforme téléphonique

L’EPRUS a ajouté sa pierre à l’édifice dans la prise en charge des victimes et de leurs familles.

Nous sommes trois à avoir été mobilisés pendant trois jours au ministère des Affaires étrangères dans le cadre d’une mise en place d’une cellule interministérielle de réponse téléphonique, pour les familles des victimes. Moi-même mobilisée, je vais vous décrire nos missions durant ces trois jours.

« Nous avions un rôle de soutien et orientation pour que les gens ne se retrouvent pas tout seuls »

Nous avons enchaîné quatre missions :

  • contacter les familles des victimes et des personnes hospitalisées et coordonner les hospitalisations suite à l’attentat de Charlie Hebdo,
  • répondre par téléphone aux inquiétudes des familles concernées par la prise d’otage à Vincennes et, malheureusement, annoncer aux familles certains décès
  • coordonner la prise en charge des personnes impliquées dans la fusillade de Montrouge
  • durant la « Marche républicaine », former une cellule « sur le qui vive » en cas de problème médical d’un membre d’une délégation étrangère

« Dès le vendredi midi (prise d’otage à Vincennes) nous avons eu beaucoup d’appels pour savoir ce qui se passait. Notre rôle était alors de rassurer les gens. »

Concrètement, quand quelqu’un appelait le numéro vert mis en place, les appels des familles de victimes nous étaient transmis directement. Nous pouvions ainsi procurer un soutien. Nous réorientions les personnes, si nécessaire, vers un Centre d’Urgences Médico-Psychologique (CUMP). Nous avions aussi une mission cruciale de coordination : qui est hospitalisé, où, pour pouvoir assurer un suivi médical et permettre une vision globale de leurs prises en charge.

« Nous (réservistes de l’EPRUS) avons traité plus d’une centaine d’appels sur nos trois jours de mission. C’est énorme, car on ne reste pas trente secondes au téléphone mais en moyenne 10 à 15 minutes »

J’ai été tout de suite mobilisée sur cette mission car je fais partie depuis 2014 et le crash de l’avion d’Air Alger des équipes appelées en renfort du centre de crise du MAE. En parallèle, je travaille au SAMU centre 15 où je suis assistante de régulation médicale (ARM) : je suis en charge du dispatch, de l’orientation et de la détection de l’urgence vitale.

Les ARM maitrisent les outils informatiques et logiciels nécessaires au suivi des appels. Dans ces cas d’urgence, le suivi informatique est crucial. Il nous permet d’avoir une traçabilité des échanges téléphoniques et donc de ne pas redemander les mêmes informations à chaque appel. Autre qualité des ARM : savoir faire les choses en simultané.

Pour des missions de plateforme téléphonique comme celle de la semaine dernière, nous recherchons aussi des profils comme des infirmiers avec des connaissance en psychologie ou en rapatriement sanitaire : ils ont l’habitude des plateaux de régulation et/ou des appels « difficiles ». Les cadres de santé sont aussi recherchés car ils sont disponibles rapidement, et savent aborder les familles de personnes malades ou blessées.

Je suis aujourd’hui référente EPRUS pour le centre de crise du MAE et en train de monter une formation pour ces trois profils. L’objectif : avoir une équipe mobilisable de suite en cas de crise : qui sache où se trouve la cellule, connaisse les accès et outils informatiques, les partenaires… Cela devrait être mis en place durant le premier trimestre de l’année.

« Mon expérience de réserviste sanitaire est en corrélation avec mon travail au quotidien au SAMU, cela ajoute une dimension internationale à mon expérience et c’est très enrichissant de travailler avec différents services »

Archana B., réserviste EPRUS et ARM au SAMU centre 15.