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Attentats de Paris : au cœur de la cellule d’aide aux victimes

Du 16 au 19 novembre, je m’étais inscrit pour être « encadrant junior » d’une formation prévue pour les futurs logisticiens à l’hôpital de Saint Maurice. Je ne me doutais pas que l’EPRUS allait m’appeler plus tôt que ça et pour une mission d’une intensité exceptionnelle.

salle CIAV 3

Vendredi 13 novembre. Paris est frappé par les attentats. Je reste connecté et m’efforce à suivre avec attention les événements et les commentaires des médias.

Samedi 14 novembre, lendemain des attentats. L’EPRUS m’appelle et me demande d’assurer un renfort à la cellule de crise (CDC) du Quai d’Orsay – Ministère des Affaires Etrangères (MAE), dès le dimanche soir. Il y a un besoin urgent de personnel.

Dimanche 15 après-midi, j’arrive à la cellule et découvre l’ampleur du travail demandé ainsi que l’équipe qui s’y attelle, composée de médecins, policiers, personnels du MAE, réservistes sanitaires, etc. C’est dans une salle, où se trouvait auparavant la Task Force Ebola, que nous sommes installés et que nous préparons la liste des impliqués, blessés, décédés… de tous les « impactés » de cet événement. Deux pôles sont vite créés :

  • un pôle réception des appels : armé de deux psychologues et de deux réservistes
  • et un pôle administratif : composé de quatre réservistes qui croisent des listes de victimes fournies par l’AP-HP et contactent les hôpitaux pour la vérification des données.

Nous recevons beaucoup d’appels de proches inquiets, de personnes à la recherche des personnes blessées dans les attentats.

Mercredi 18, c’est ma journée « OFF », et c’est important de faire des coupures. J’en profite pour rejoindre la formation qui se tient au même moment en région parisienne pour les logisticiens EPRUS. Retrouver mes collègues autour d’ateliers pédagogiques me plait beaucoup, et ça me permet aussi de prendre un bol d’air.

Jeudi 19, j’intègre l’équipe de la CIAV (Cellule Interministérielle d’Aide aux Victimes) conduite par le Quai d’Orsay là encore. Cette équipe a comme rôle principal d’écouter, de soutenir et d’orienter dans les démarches administratives, de lister les personnes « impactées » présentes sur les lieux des attaques mais non-blessées ainsi que celles « impliquées », sans oublier les proches des blessés qui sont également pris en charge.

C’est un travail de fourmi : nous croisons les listes des victimes passées dans les hôpitaux mais appelons aussi les familles. Nous prenons des nouvelles de ces personnes, les aidons si nécessaire. Certaines d’entre elles nous racontent leur vécu avec une forme de calme (de sidération) auquel je ne m’attendais pas. Si nous repérons un besoin d’aide plus urgent, nous pouvons transmettre l’appel vers une des deux psychologues présentes sur le plateau d’appel. Nous travaillons aussi en binôme, une méthode qui nous permet de débriefer rapidement de récits souvent très douloureux.

Vendredi 20, la CIAV prend de l’ampleur et on me demande de concevoir un planning pour le week-end et la semaine à venir. Je regroupe les disponibilités des réservistes et les mets en page pour que le service « front office » de l’EPRUS, basé à Saint-Denis, puisse valider administrativement leur venue et compléter avec des volontaires supplémentaires.

En début de semaine, ma permanence commençait l’après-midi et se finissait le soir, après minuit. La relève faite, je réintégrais ma chambre et m’isolais un peu pour « digérer » la situation. Je me levais tôt et attendais patiemment le retour l’équipe de nuit pour partager le petit-déjeuner et le résultat de leur travail de la nuit. Jeudi soir, nous nous sommes retrouvés autour d’un verre pour relâcher la pression.

Reprendre ma place dans « la vraie vie », aux côtés des miens, n’a pas été facile. Ces événements ont été d’une ampleur inédite et même si à mon niveau j’ai apporté un peu d’aide, je me demande si j’ai fait le maximum. Mais la force de l’EPRUS c’est la force du collectif, et je suis fier d’en avoir fait partie.

Christian

Assistant de régulation médicale

Réserviste sanitaire

Attentats de Paris : les logisticiens, si utiles lors d’une crise !

salle CIAV

Lundi 23 novembre

17h – Je réponds à la pré-alerte pour une mission logistique sur Paris à la suite des attentats et des différents départs en mission de réservistes (Conakry, Calais, Auvergne…).

21h – appel de l’EPRUS

– « Vous pouvez être demain matin à 8h à la CIAV au Quai d’Orsay ?

– Oui, le temps d’avoir l’autorisation de principe de mon employeur ».

Mardi 24 novembre à 8h nous accédons à la salle d’appel de la CIAV. Jean-Louis, l’encadrant EPRUS de la mission, est soulagé de voir arriver des logisticiens pour que nous nous chargions de tout ce qui touche au fonctionnement de la cellule. Au cours de cette semaine, nous nous rendrons compte que les tâches sont effectivement nombreuses pour les logisticiens : il faut gérer deux équipes de 30 réservistes de 8h à minuit.

À chaque prise de service des équipes, nous réalisions un pointage des présents, nous prêtions une chasuble EPRUS aux réservistes n’ayant pas de paquetage, nous collections les coordonnées téléphoniques des réservistes, et ce pour la durée de la vacation . Au cours de la journée, nous faisions également un point sur les difficultés que chacun d’entre eux pourrait rencontrer, que ce soit pour les chambres d’hôtel, les ordres de mission et les autorisations employeurs ou les formalités de remboursement. À la suite de ces signalements, nous intervenions soit auprès de l’EPRUS soit auprès de l’hôtel pour parer à toute éventualité !

À chaque relève, nous devions transmettre à l’accueil du centre de crise la liste des personnels de l’EPRUS ayant pris leur poste à la CIAV.

Au cours de la journée, en relation avec l’accueil logistique du MAE, nous nous assurions que les réservistes disposeraient d’un repas le midi et le soir. Nous avons veillé à ce que des bouteilles d’eau, du café et du thé soient à la disposition des réservistes pour les moments de pause ou entre deux appels téléphoniques.

Comme nous étions dans des salles « confidentiel défense », nous devions vérifier que les documents devenus obsolètes étaient détruits et qu’aucun document n’était jeté à la poubelle.

Lorsque le tableau des équipes du lendemain était établi, il nous fallait appeler chaque réserviste pour lui confirmer sa présence le lendemain et l’horaire auquel il devait se présenter à la CIAV.

En fin de vacation pour l’équipe du soir, nous devions organiser le départ des réservistes vers leur hôtel et nous charger de la réservation des taxis.

Décrit ainsi, tout semble simple mais bien sûr, tout ne se passe pas toujours comme prévu. Il faut comprendre que nous devions intégrer le fonctionnement de ce dispositif exceptionnel au sein de l’organisation d’un ministère qui, s’il a l’habitude de la gestion de crise, découvrait lui aussi les besoins liés au caractère exceptionnel de cette CIAV, un dispositif très récent. Nous pouvons ici remercier les personnels du Ministère des Affaires Étrangères qui ont su répondre à toutes nos demandes et tous les réservistes qui ont été très compréhensifs, même ceux pour qui c’était la première mission.

Merci à tous.

Les logs – #teamlog

dont Jean-Pierre.

Nous sommes intervenus à la Dominique après le passage de la tempête tropicale

Intervention à la Dominique
Quelques lignes pour faire partager le vécu d’une mission est un exercice difficile… mais au nom de toute l’équipe de la mission 42 dite « Renfort Hospitalier sur le CH Princess Margaret de la ville de Roseau sur l’île de la Dominique », je vais faire de mon mieux !
Vendredi 4 septembre, 7 h du matin
Je regarde mon téléphone avec encore un peu de buée au fond des yeux.. et AHHHH  un message de l’EPRUS pour un départ immédiat à la Dominique… Capture carte Dominique
Suis-je disponible ??

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Notre mission à Katmandou, Népal suite au séïsme

Pleurs, expression de peur, angoisse, inquiétude, soulagement, détresse et larmes de joie se sont mélangés tout au long de cette mission, au rythme des répliques du tremblement de terre qui a frappé le Népal le 25 avril 2015.

Featured image

Intégrés au sein d’une équipe interministérielle venue renforcer l’ambassade de France, nous avons travaillé en collaboration avec le détachement de la sécurité civile (UIISC7), les pompiers de la région parisienne, le personnel du centre de crise (Ministère chargé des affaires étrangères – MAE), les renforts venus de l’ambassade de New Delhi, ainsi que l’équipe de diplomates en poste à l’ambassade de Katmandou. Lire la suite

Après les attentats, nous sommes mobilisés pour venir en aide aux proches des victimes

Equipe de la plateforme téléphonique

Equipe de la plateforme téléphonique

L’EPRUS a ajouté sa pierre à l’édifice dans la prise en charge des victimes et de leurs familles.

Nous sommes trois à avoir été mobilisés pendant trois jours au ministère des Affaires étrangères dans le cadre d’une mise en place d’une cellule interministérielle de réponse téléphonique, pour les familles des victimes. Moi-même mobilisée, je vais vous décrire nos missions durant ces trois jours.

« Nous avions un rôle de soutien et orientation pour que les gens ne se retrouvent pas tout seuls »

Nous avons enchaîné quatre missions :

  • contacter les familles des victimes et des personnes hospitalisées et coordonner les hospitalisations suite à l’attentat de Charlie Hebdo,
  • répondre par téléphone aux inquiétudes des familles concernées par la prise d’otage à Vincennes et, malheureusement, annoncer aux familles certains décès
  • coordonner la prise en charge des personnes impliquées dans la fusillade de Montrouge
  • durant la « Marche républicaine », former une cellule « sur le qui vive » en cas de problème médical d’un membre d’une délégation étrangère

« Dès le vendredi midi (prise d’otage à Vincennes) nous avons eu beaucoup d’appels pour savoir ce qui se passait. Notre rôle était alors de rassurer les gens. »

Concrètement, quand quelqu’un appelait le numéro vert mis en place, les appels des familles de victimes nous étaient transmis directement. Nous pouvions ainsi procurer un soutien. Nous réorientions les personnes, si nécessaire, vers un Centre d’Urgences Médico-Psychologique (CUMP). Nous avions aussi une mission cruciale de coordination : qui est hospitalisé, où, pour pouvoir assurer un suivi médical et permettre une vision globale de leurs prises en charge.

« Nous (réservistes de l’EPRUS) avons traité plus d’une centaine d’appels sur nos trois jours de mission. C’est énorme, car on ne reste pas trente secondes au téléphone mais en moyenne 10 à 15 minutes »

J’ai été tout de suite mobilisée sur cette mission car je fais partie depuis 2014 et le crash de l’avion d’Air Alger des équipes appelées en renfort du centre de crise du MAE. En parallèle, je travaille au SAMU centre 15 où je suis assistante de régulation médicale (ARM) : je suis en charge du dispatch, de l’orientation et de la détection de l’urgence vitale.

Les ARM maitrisent les outils informatiques et logiciels nécessaires au suivi des appels. Dans ces cas d’urgence, le suivi informatique est crucial. Il nous permet d’avoir une traçabilité des échanges téléphoniques et donc de ne pas redemander les mêmes informations à chaque appel. Autre qualité des ARM : savoir faire les choses en simultané.

Pour des missions de plateforme téléphonique comme celle de la semaine dernière, nous recherchons aussi des profils comme des infirmiers avec des connaissance en psychologie ou en rapatriement sanitaire : ils ont l’habitude des plateaux de régulation et/ou des appels « difficiles ». Les cadres de santé sont aussi recherchés car ils sont disponibles rapidement, et savent aborder les familles de personnes malades ou blessées.

Je suis aujourd’hui référente EPRUS pour le centre de crise du MAE et en train de monter une formation pour ces trois profils. L’objectif : avoir une équipe mobilisable de suite en cas de crise : qui sache où se trouve la cellule, connaisse les accès et outils informatiques, les partenaires… Cela devrait être mis en place durant le premier trimestre de l’année.

« Mon expérience de réserviste sanitaire est en corrélation avec mon travail au quotidien au SAMU, cela ajoute une dimension internationale à mon expérience et c’est très enrichissant de travailler avec différents services »

Archana B., réserviste EPRUS et ARM au SAMU centre 15.