Une journée avec « les Marie » à Conakry

Nous sommes Marie-Sol et Marie-Pierre, et nous sommes en ce moment en mission EPRUS à l’aéroport de Conakry ! Ici on nous appelle « les Marie », ou « Marie² » (Marie au carré). Nous avons décidé de vous raconter l’une de nos journées. Vous allez voir, ce n’est pas de tout repos !

A l'aéroport de Conakry, en mission de contrôle sanitaire auprès du personnel local

Il est 7h30, Arnaud et Alex nos deux coéquipiers sont partis pour leur réunion avec le CDC (http://www.cdc.gov). Ils se rendent dans le quartier de l’Ambassade de France, au centre-ville. C’est Maddi, notre chauffeur qui les y conduit.

Nous deux, tout en rangeant la vaisselle du petit déjeuner, nous établissons le planning de la matinée.

«Donc, c’est d’accord, on ne prévient pas Souma de notre tour des popotes ; on vérifie la présence des bâtons, et si les solutions chlorées sont bien remuées. On passe partout y compris chez les pompiers, sur le tarmac

– OK, quand on aura fini, on appellera Souma pour l’informer de nos remarques. »

– Pas de problème ! » répond Mary-Sol en imitant gentiment Souma.

Souma c’est un de nos interlocuteurs clé pour cette mission. Souma travaille à la SOGEMA et il est responsable des bidons de lavage des mains. En effet, pendant l’épidémie, il est essentiel que les personnes se lavent fréquemment les mains. A plusieurs endroits stratégiques sont donc disposés des bidons, et notre rôle consiste notamment à les vérifier. Il faut que ces bidons soient remplis d’eau chlorée à la bonne proportion. Il faut que la solution soit remuée avec un bâton. Ca peut sembler simple, mais c’est un travail un peu fastidieux qui n’est pas entré dans les habitudes et qu’il faut donc contrôler en permanence.

Discuter, négocier, expliquer aussi pourquoi il ne faut pas réduire la proportion de chlore même si, oui c’est vrai, l’épidémie diminue.

Il est dans de vérifier nos sacs à dos : papiers d’identité, stylo, bloc-notes, téléphone local, gilet de sécurité pour aller sur le tarmac, bouteille d’eau, thermomètre… Un coup d’œil dans le frigo pour vérifier ce qu’il manque, et hop nous voilà parties.

Il n’y a pas de grands magasins du côté de l’aéroport, seulement des échoppes ou des vendeurs ambulants. Nous y achetons au jour le jour nos fruits (bananes, papayes, mangues, ananas, oranges), légumes (avocats, citrons verts), et du pain. Amadou, notre cuisinier, s’occupe de l’achat des ingrédients du plat principal et de sa préparation (uniquement pour le repas de midi, le soir nous nous débrouillons). Comme d’habitude, la veille nous avons choisi de manière collégiale le menu, c’est-à-dire cuisine locale. Ici on ne mange pas Européen !

Sur la route de l'aéroport, le matin c'est calme !

8 heures, nous voilà sur la route ! A cette heure-là, la circulation est fluide, pas trop de coups de klaxon. On peut traverser la route sans risquer nos vies… Ici il n’y a pas de passage piéton, mais à cette heure-ci les « Fangio » ne sont pas encore sortis !

Nous arrivons toutes les deux à l’aéroport, nous nous dirigeons vers l’enceinte de la tour de contrôle et entamons nos contrôles des points de lavage. Ici, 2 points de lavage de main sont disposés ; en vérité ils ne sont pas sous notre responsabilité, mais nous les vérifions quand même à la grande satisfaction des intéressés.

Nous passons le contrôle d’accès : nous subissons nous aussi un contrôle de température, et nous lavons les mains. Le jeune garde barrière attend notre verdict avec un large sourire : tout est OK.

Un peu plus loin, devant l’atelier de la SOGEMA, un autre point de lavage de mains. Là, nous demandons à voir le « responsable hygiène » pour lui faire part de nos remarques. Pas de chance, la personne s’est absentée.

Devant des locaux de la Direction navigation aérienne, encore un point de lavage. Un bidon où ne subsiste ce jour-ci qu’un petit fond de solution chlorée. Nous attendons le responsable pendant 15 minutes, et finalement prévenons l’accueil que nous repasserons plus tard.

Au pied de la tour de contrôle, un autre point de lavage des mains. Ici tout est correct.

Nous décidons alors de pénétrer dans l’immeuble de la tour de contrôle pour jeter un œil sur 2 autres points de lavage des mains (salle de réunion et accès terrasse) : ceux-là ne sont pas sous notre responsabilité non plus, mais ce petit détour permet à tous de se rappeler :

 L’EPRUS est toujours là et s’investit sans relâche !

Nous rebroussons chemin pour nous rendre à l’aérogare « de voisinage ». Ah ! L’aérogare de voisinage : 2 points de lavage des mains, 1 point devant le parking véhicules. Nous remarquons qu’il en manque un pour les piétons. Nous échangeons toutes les deux :

« – Bon, maintenant qu’à chaque point de lavage il y a un bâton pour remuer la solution chlorée, il faut que l’on demande un bidon supplémentaire pour les personnes qui accèdent à l’aérogare de voisinage à pied.

– Ok, on le mettra au portail d’entrée, à la vue de tous ».

Nous vérifions le point de lavage existant : la solution n’est manifestement pas remuée, contrairement au protocole. Par contre, le contrôle des températures est bien effectué par la police locale :

« Ah ! Aujourd’hui, les policiers contrôlent la température, c’est bien ! Par contre le bidon, vous savez il faut le remuer régulièrement … »

On passe voir le responsable des bidons, et vérifions ensemble le point de lavage devant la porte d’accès pour embarquement/débarquement. Là encore, la solution chlorée n’est pas remuée. Du coup, le responsable s’active ….

« Pas de problème, on repasse cet après-midi, avec Souma » lui dit Mary-Sol.

Direction des hangars de fret. Ici 2 bidons à « nous » et 4 bidons disposés par différentes sociétés : nous les contrôlons tous. Celui devant l’entrée du parking fret, sur le trottoir, n’est pas remué. Celui devant l’entrée du hangar ne l’est pas non plus. Nous attendons donc un moment le responsable qui a été appelé mais personne ne se manifeste. Il faudra que l’on repasse très vite.

Il y a 4 bureaux des sociétés d’import/export, et devant chaque porte 1 bidon, sauf aujourd’hui : devant le dernier bureau pas de bidon. Nous contrôlons les 3 bidons restants : RAS. Au 4e bureau, nous demandons la raison à la secrétaire :

« J’étais seule, alors je n’ai pas pu le sortir

– Pas de problème, on va vous aider »

Et voilà, contrôle du 4e bidon : tout va bien !

Nous contrôlons chaque point de lavage des mains

Maintenant, nous allons vers la SOGEMA. Devant la grilles un premier bidon : la solution est bien remuée. Dans la cour de la SOGEMA : idem. C’est normal, Souma travaille là… ! Souma a bien compris la nécessité d’entretenir ces points de lavage pour prévenir la transmission de la maladie.

Ensuite nous nous dirigeons vers le tarmac. Nous enfilons nos gilets jaunes obligatoires. Nous passons le contrôle de température, effectué par du personnel en treillis. Le portail s’ouvre, nous avons l’autorisation d’accès.

Nous contrôlons aussi les points de lavage des mains chez les pompiersNous filons à l’extrémité des pistes voir les pompiers. Georges, pompier et responsable de l’unité de permanence nous attend. Ici deux points de lavage, tous deux impeccables !

Nous rebroussons chemin. Direction : le parking de l’aéroport international et ses 4 points de lavage des mains. Le premier est à l’entrée des véhicules, la solution chlorée n’y est pas remuée. Le second, devant le local d’emballage des bagages : elle ne l’est pas non plus. Nous allons discuter avec le responsable, qui assis à l’ombre non loin. Le troisième point de lavage se trouve à la passerelle qui donne accès directement à la porte d’entrée de l’aéroport. Il y a un garde de permanence, la solution chlorée y est remuée. Quatrième point se situe près d’un local de télécommunications, la solution y est aussi remuée.

Nous n’empruntons pas la passerelle, on va passer de manière à voir le garde qui autorise les véhicules VIP à se garer devant porte aéroport. Le garde dispose d’un thermo-flash et d’une solution hydro alcoolique, les consignes sont correctement appliquées. Nous le félicitons.

Nous allons maintenant vers un point d’entrée / sortie de l’aéroport situé près d’une mosquée en construction. Il y a un garde dans une guérite et un point de lavage des mains, mais la solution n’y est pas remuée. Nous rappelons donc les consignes.

Il nous reste maintenant l’aéroport international. Le point de lavage des mains est en face de la porte d’entrée, solution n’est pas remuée non plus… On explique donc une nouvelle fois.

A l’intérieur, le contrôle des températures est réalisé par l’équipe médicale.

« – Bonjour à toute l’équipe !

– Bonjour les Marie² » !!

Nous remplissons l’imprimé qui atteste le passage au contrôle et nous évite pour la journée de repasser au contrôle des températures.

Le matin, il n’y a pas de départ de vols internationaux, donc tout en repartant nous téléphonons à Souma pour le voir et lui faire part de nos remarques.

Ensemble nous allons voir le chef de Souma, chef du service juridique, responsable du stockage du matériel sanitaire qui nous a obtenu les bâtons après une semaine de tractations. Nous lui demandons donc un bidon supplémentaire (pour les piétons) pour l’aérogare de voisinage.

Après les civilités d’usage, nous exposons notre requête :

« Pas de problème, Souma va s’en occuper !»

Nous prenons le temps de remercier notre interlocuteur et fixons rendez-vous dans l’après-midi pour vérifier de nouveau tous les points de lavage des mains.

Les marchands ambulants sont nombreux près de l'aéroportAu rond-point de l’aéroport, nous achetons du pain, des fruits et des avocats pour notre déjeuner. L’occasion de « bonjours » aux marchands ambulants auprès desquels nous nous approvisionnons.

Sacs à dos pleins, nous remontons vers le logement. En chemin, nous saluons nos relations guinéennes, quelques mots de sympathie qui font toujours plaisir et sont si importants ici.

La circulation s’est intensifiée, avec en prime un concert de klaxons. Les échoppes sont ouvertes, les laveurs de voiture sont en plein travail mais ça n’empêche pas Jacques Chirac (c’est son nom) de nous interpeller de l’autre côté de la route :

« Hé ! Les Marie ! Ça va ? »

Beaucoup de gens nous arrêtent pour nous remercier de les aider à lutter contre EBOLA, nous apprécions beaucoup ces moments si agréables.

Nous arrivons à l’hébergement, en nage. Amadou a presque terminé la préparation du repas. Après une bonne douche nous mettons la table, le temps pour Arnaud et Alex d’arriver. Un peu de calme, de fraîcheur sous les ventilateurs, de repos, assis sur une chaise, ça fait du bien ! Il est 13h, nous passons à table. Et oh ! Quel repas délicieux !!!

14h30 déjà … il faut se préparer à nouveau. Il y a un vol France-Guinée qui atterrit vers 16h mais nous nous avons notre tour des popotes à faire et, cette fois-ci, avec Souma.

Direction l’aéroport, en pleine chaleur, odeur des pots d’échappement en guise de digestif, et la cacophonie des klaxons qui nous accompagne … Au rond-point de l’aéroport nous passons un coup de fil à Souma pour le prévenir de notre arrivée.

Nous entamons notre visite de contrôle dans le même sens que ce matin. Et comme par magie, tout va bien : les responsables sont là, les solutions remuées …. Pas de doute, Souma est passé par là ! Seul point « sombre » : le bidon supplémentaire pour l’aérogare de voisinage n’est pas encore en place : peut-être le sera-t-il avant notre retour pour la France, on espère.

Le point de lavage des mains à l'entrée du parking

La vérification des points de lavage est faite, nous avons maintenant le contrôle des températures qui nous attend. Pour les personnes transitant à Conakry et arrivant de Sierra Leone, le contrôle est obligatoire.

L’équipe locale est déjà en place, de part et d’autre du couloir d’accès à la salle d’attente. Nous sortons nos « thermo-flash » et… en avant !

Peu de répit après ce contrôle, car dans une dizaine de minutes nous embrayons sur le départ du vol Air Brussels. L’organisation y est différente : là, nous prenons les températures sur deux files, dans la salle d’attente avant le passage au contrôle d’embarquement. Avec cette compagnie, nous mettons toujours beaucoup de temps à remplir notre mission : les passagers arrivent au compte-goutte, ou même en retard. Le travail se passe toujours dans la bonne humeur, nos collègues Guinéens ne sont pas en reste pour les plaisanteries (ou les sarcasmes c’est selon !).

Il est temps de repartir prendre le diner, car tout à l’heure il faudra contrôler les passagers au départ par le vol Air France. Retourner diner prend toujours davantage de temps : le soir Conakry se transforme en un vaste embouteillage.

Une sorte de concours de pollution, avec gymkhana des deux-roues et pétarades en prime, le tout au milieu des vendeurs ambulants qui attirent tous ceux qui ont des emplettes à faire…

Quant à nous, nous jouons des coudes pour passer en évitant les véhicules. Arrivées à bon port, trempées autant par la chaleur que par le stress de ce véritable slalom entre les voitures. Tout se dissipe avec une bonne douche ! Nous réchauffons les restes pour manger, préparons les avocats, et surtout … une boisson fraîche !

C’est l’heure de partir pour la 3ème fois de la journée à l’aéroport, pour le départ du vol d’Air France. Notre position sur deux files est définie par le chef du contrôle des passagers à l’embarquement. Il vérifie passeport et visa des passagers et les aiguille sur l’une ou l’autre des files pour que nous prenions et notions leur température sur le ticket.

Toujours en binôme mixte (personnel local / réserviste Eprus), le contrôle s’effectue efficacement… jusqu’au passage d’une fillette de 10 ans.

Les parents et le bébé sont dans la file de droite, les 3 autres enfants du couple (10, 6 et 4 ans) sont dans la file de gauche. Contrôle du garçon de 6 ans : ok. Contrôle de la petite de 4 ans : ok. Contrôle de la fillette de 10 ans : 38°C. Aïe ! Vérification immédiate faite par collègue : confirmation, l’enfant a un peu de fièvre. Le chef d’escale est là, il est aussitôt informé.

C’est la consternation générale. Une nouvelle vérification de la température est ordonnée, mais aucun doute possible, l’enfant a de la fièvre, il nous faut appliquer la procédure.

Impossible pour cette famille de prendre l’avion ce soir, les consignes sont formelles. La famille est dépitée, les grands-parents les attendent depuis si longtemps à Paris. Nous leur expliquons que malheureusement aucun membre de la famille ne partira ce soir-là… Nous restons eux, solidaires de leur désarroi. Finalement la fillette était bien malade, elle avait… la varicelle !

Ce soir-là, nous quittons l’aéroport très tard. Camarra, notre taximan nous ramènent, l’agitation du début de soirée a disparu et en quelques minutes nous sommes de retour « au bercail ». Chacune monte dans sa chambre. Peut-être que Baudelaire aurait apprécié le « calme, plaisir, volupté » ce soir…

Pour nous la soirée se termine sur des sentiments mélangés. Tristesse et compassion pour cette famille tellement pressée de retrouver les grands-parents à Paris. Sensation du devoir accompli dans le même temps après tous ces contrôles, ces explications, ces négociations.

La sécurité et la confiance des passagers et de l’équipage sont essentielles, et l’épidémie Ebola ne permet aucune exception. Vivement que cette maladie soit éradiquée !

C’est l’heure de dormir maintenant, car demain… ça recommence !

Mary-Sol

Marie-Pierre

Team 15 (Ligue du Sud!)

Une réponse à “Une journée avec « les Marie » à Conakry

  1. Bravo les Marie. Quel beau récit et que de talent littéraire ! Ce récit nous renvoie en arrière sur un séjour qui fut, pour nous quatre, riche en découvertes et en rencontres. On ne demande qu’à repartir. . Je vous embrasse.

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